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Regard d'un homme libre sur l'actualité régionale, française et internationale...

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Les Hmongs face au Colonialisme Français

Les Hmongs connurent des débuts paisibles au Laos, vivant en autarcie sur les sommets des montagnes. Au début des années 1850 les colons français conquirent l'Indochine après de longues opérations militaires. Durant la colonisation de l'Indochine, les Français s'y rendaient surtout pour l'exploitation de l'hévéa qui permettait de produire des caoutchoucs. De toute évidence, les colonisateurs français faisaient toujours appel à des travailleurs vietnamiens, puisque l'hévéa se trouvait au Viêt-Nam, ou plutôt en Cochinchine si les divisions coloniales sont prises en considération.

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En 1932, Andrée Viollis (1879-1950), une journaliste féministe française travaillant au quotidien Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l'Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d'édition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dénonce les méthodes de la colonisation française :

« Vous pouvez me croire, dit-il. J'ai vécu, moi comme employé des plantations. À Kratié, là-bas, au Cambodge, à Thudaumot, à Phu-Quoc… J'ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l'espoir de manger à leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques : la malaria, le béribéri ! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflées d'œdèmes, rongées, traversées par une espèce de sale insecte, le san-quang, le rendement diminue-t-il avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misère ? Les cais les attachent à des troncs d'arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun, après avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses. Le matin, à l'aube, quand la fatigue les tient collés à leur bat-flanc, où ils ont essayé de dormir malgré les moustiques qui tuent, on vient les chasser des tanières où ils sont entassés, comme on ne chasse pas des troupeaux de l'étable. À midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allégée d'une centaine de grammes, ils doivent d'abord préparer le repas des cais et, la dernière bouchée avalée, se remettre à la corvée, même couverts de plaies à mouches, même grelottants de fièvre. Tout cela pour 1 fr. 20 à 2 francs par jour qu'ils ne touchent jamais entièrement à cause des retenues, des amendes, des achats. […] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimée. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s'ils regagnent leur village, ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir ; mais auparavant, ils sèment autour d'eux des germes de maladie, de révolte, de haine… C'est comme ça qu'on prépare les révolutions »

 (Andrée Viollis, Indochine SOS, nouvelle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116)

 

Les Hmongs quant à eux furent très vite encouragés à produire de l’opium pour les Français. Les abus de pouvoir locaux sur lesquels s'appuyait l'administration coloniale : détournements commerciaux dont l'opium et augmentation des impôts et des corvées firent de nombreuses insurrections. Au Laos les Hmongs étaient obligés de payer deux impôts : un au chef laotien et un autre aux français. Avec l’accumulation des taxes, de divers impôts et des nombreux cas de corruption sont autant de facteurs qui amenèrent les Hmongs à se soulever contre le colonisateur. Alors en 1856 dans la province de Xien Khouang des Hmongs attaquèrent les collecteurs d’impôts, la France décida de nommer des représentants Hmongs pour calmer tous ces débordements et pour qu'ils collectent eux même les impôts de leur communauté. Ils désignèrent des responsables Hmongs : le premier qui accéda à ce poste fut Lao Blia Yo ( Toxeem de Long Het) désigné Kiatoom de la province de Xieng Khouang et Ly Txiaj Foung (son beau-fils) administrateur de sous-district ainsi que Moua Yong Kai, à Nong Het premier collecteur d'impôts. Ce poste permit à Ly Txiaj Foung d’envoyer ses enfants à l’école, et l’un de ses fils, Touby (1917-1979), obtint même le baccalauréat fait très rare à l’époque. Son éducation et ses talents de bureaucrate valurent à Touby Lyfoung de gravir rapidement les échelons dans l’administration coloniale française et de devenir un des grands leaders Hmongs de l’histoire récente. Il occupa successivement les postes de Ministre de la Santé, de Ministre des Postes et Télécommunications et de Conseiller du Roi.

 

Entre 1918 et 1921, Pa Chay Vu conduisit une nouvelle insurrection. Cette révolte était appelée « La révolte du Fou » car les Hmongs reconnaissaient en Pa Chay des pouvoirs surnaturels. A sa mort, dont la tête était mise à prix par les Français, de violentes répressions écrasèrent la rébellion Hmong. Cependant, les Français tirèrent une nouvelle fois leçon de ce soulèvement. Ils commencèrent à donner plus d’autonomie aux Hmongs. Ly Txiaj Foung qui était marié avec une des filles de Blia Yao Lo prit une seconde épouse et contrairement aux lois Hmongs qui préconisent la même affection pour chaque épouse, il préféra cette dernière à May, la fille de Blia yao Lo. Désespérée, celle-ci se suicida, ce qui provoqua un grand froid entre les clans Ly et Lo. A la mort de Blia Yao Lo, son fils Song Tou lui succéda à son poste. Mais son incompétence et son goût pour les jeux lui valurent d’être vite démis de ses fonction. Les Français le remplacèrent par la seule personne qui se proposa de rembourser les dettes de Song Tou Lo : Foung LY. Les Ly supplantaient les Lo dans la course au pouvoir pour non seulement la région de Nong Het, mais aussi pour toute la province de Xieng Khouang. Après sa disgrâce, le petit frère de Song Tou, Faydang, partit pour Luang Prabang au palais royal pour demander une audience au prince laotien Phetsarath. Le prince promit à Faydang qu’à la mort de Foung Ly, les Lo reprendraient le pouvoir. Environ 9 mois après cette promesse, en septembre 1939, Foung LY devait décéder. Cependant, les Français ne tinrent pas compte de la promesse du prince Phetsarath à Faydang Lo. Ils confièrent le poste d’administrateur de Keng Khoai à Touby Lyfoung, déjà administrateur du sous-district de Phac Boun.

 

Le choix des Français s’explique par plusieurs raisons : Faydang a voulu accéder au pouvoir en passant par la cour royale de Luang Prabang au lieu de passer par les Français. De plus, Touby Lyfoung parlait couramment le français, il avait étudié la loi et l’administration française, et il était connu pour ses talents de bureaucrate, ce qui faisait de lui le candidat idéal pour un tel poste. Mais Touby Lyfoung voyait beaucoup plus loin que la province de Xieng Khouang : il visait l’intégration des Hmongs dans la vie politique laotienne et pour cela, il comptait rendre les Français dépendants des Hmongs . Pour Touby Lyfoung, l’introduction des Hmongs en politique passait par une présence plus forte des Hmongs dans les provinces et pour cela, il fallait à long terme des écoles pour les enfants Hmongs, des routes menant aux villes et villages Hmongs leur permettant de joindre les marchés laotiens afin de pouvoir diversifier leur économie et la rendre plus forte. Tout cela pouvait être financé par l’opium, ce trésor blanc dont les Français avaient tant besoin. A partir de 1939, commença la 2ème guerre mondiale, le pouvoir de la France de Vichy en Indochine fut fortement affaibli par l’occupation japonaise. L'occupation par l'Empire du Japon montra aux Vietnamiens les faiblesses de leur colonisateur. L’attaque japonaise du 9 mars 1945 au Vietnam élimina de la scène politique et militaire les Français. A partir de cette date, devant les représailles japonaises, les Français furent obligés d’abandonner leurs positions et prendre le maquis. Cette situation permit au nationalisme vietnamien de s’affirmer d’avantage à travers le mouvement communiste Vietminh.

 

Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh à la tête du Vietminh, proclama l’indépendance du Vietnam. L’échec de ses négociations avec la France entraîna la première guerre d’Indochine en le 19 mai 1946. Cette guerre, opposant officiellement la France et le Nord-Vietnam, toucha aussi les autres colonies françaises. Au Laos, le Vietminh reçut l’appui du Pathet Lao. Après le bombardement du port de Haiphong le 23 novembre 1946 par la Marine française, le Viet Minh, dirigé par Hô Chi Minh , décide de lancer une offensive ayant pour but la libération de la ville de Hanoï. À 20 heures, une explosion dans la centrale électrique de la ville annonce le début de l'insurrection. Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Ho Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française :

  « […] Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme. »

C’était « le combat du tigre et de l’éléphant » annoncé par Hô Chi Minh : le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se viderait de son sang et mourrait d’épuisement. Dès lors, la France fait en Indochine une guerre avec les dollars américains et le sang des troupes françaises et surtout coloniales, il n' y a que 28% de français dans les effectifs du corps expéditionnaire français en 1954, les autres sont des anciens nazi engagés dans la légion étrangères et des combattants nord africains, africains et autochtones. Le président Harry Truman signe avec l'État du Viêt Nam des accords d’aide militaire, que la France se charge de mettre en œuvre. Ainsi, les États-Unis, pourtant profondément anti-colonialistes mais agissant maintenant dans le cadre de la guerre froide, mettent le doigt dans un engrenage qui s'avèrera fatal, et ont en particulier continué cette aide militaire après le départ des Français de l’Indochine en 1955. Avec l’afflux de matériels militaires des deux côtés, les combats se sont évidemment intensifiés. Avec l'argent et le matériel américains et le sang des légionnaires et des troupes d'Afrique, la France continue à mener une guerre s'inscrivant maintenant dans le cadre de la guerre froide, dans une suite de « scandales » et d'« affaires », comme l'affaire des piastres.

« En revanche, l’économie française tirait profit indirectement de la guerre. Grâce aux apports en devises américaines, non seulement elle n’était plus obérée par les charges militaires, mais encore elle pouvait poursuivre son effort d’investissement et ses achats à l’étranger. La plus grande partie des dollars donnés pour l’Indochine était affectée à l’équilibre des comptes. C’est ce qui faisait dire à un expert qu’on "avait transformé l’armée en une industrie d’expansion”. C’est une des raisons pour laquelle le gouvernement français s’opposait fermement à ce que l’aide financière américaine fût versée directement aux États associés, comme les Américains le souhaitaient…" »

(Yves Gras, Histoire de la guerre d’Indochine , Plon, Paris, 1979, p.489).

 

Le savoir faire des Hmong et leurs expériences passées jouèrent également un rôle incitateur. Témoins du sort réservé aux Français sous l’occupation japonaise de l’Indochine, ils estimèrent qu’il était préférable pour eux de continuer à être administrés par les Français avec lesquels ils entretenaient des relations convenables plutôt que d’être soumis à la domination japonaise. C’est pourquoi certains se rangèrent du côté de la résistance française entre 1944 et 1945.

« Ils se sentaient menacés par l’impérialisme japonais et savaient que ces nouveaux maîtres ne respecteraient ni leurs lois, ni leurs coutumes, et qu’ils étaient plus étrangers dans des montagnes d’Indochine que les fab kis (français), venus d’au-delà des mers. »

 Et Lô Wen Teu de confirmer :

« les Hmong trouvaient les Français moins encombrants, parce qu’ils se comportaient de façon plus humaine.»

En parallèle de la guerre conventionnelle, la France mit en place le GCMA (Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés), forces spéciales françaises. Le GCMA avait pour mission d’organiser des interventions de renseignement et de guérilla en utilisant les populations locales. Il joua un rôle essentiel dans leur recrutement, leur armement et leur contrôle. Dans cette guerre, les minorités ethniques ont dû choisir leur camp malgré leur volonté à rester neutres. Leur connaissance du terrain, leur détermination et leur nombre furent d’une précieuse aide pour le GCMA qui n’avait plus qu’à fournir les officiers pour l’encadrement. Pour financer ses actions, le GCMA utilisa par ailleurs l’opium des Hmongs. Ce trafic d’opium sera plus tard reproché au GCMA qui n’avait guère d’autres choix car très peu soutenu par les circuits officiels. Au Vietnam, les Hmongs se rallièrent à la France afin de ne pas tomber sous la tutelle des communistes. En effet, pour les Hmong, attachés à leurs traditions séculaires, à leurs croyances et superstitions, et depuis toujours politiquement structurés par un système clanique, le communisme et son système collectif était un« anathème» Le chef Hmong Chau Quang Lo à la tête d’un des premiers maquis celui de Pha Long, dit aussi maquis Chocolat, dans le nord du Vietnam se remarqua par sa lutte acharnée contre le Vietminh mais aussi contre les Chinois.

Avec l’appui du GCMA dans un premier temps puis sans, il défendit la région de Lao Chai, à frontière sino-vietnamienne de 1947 à 1952. Chau Quang Lo dans une lettre qu’il aurait envoyée au Vietminh, et dont le contenu est retranscrit par Jean Lartéguy, partage cette vision apolitique de l’engagement des Hmong :

« Nous sommes chez nous. Nous ne cherchons pas à vous disputer le pouvoir. Mais nous avons le devoir sacré de défendre notre territoire, d’assurer le bien-être de nos populations. (…) [N]ous ne voulons pas qu’on nous commande et qu’on s’immisce dans nos affaires intérieures. »

Au Laos, les Hmongs ralliés à Touby Lyfoung (intermédiaire officiel auprès des Français et membre du Conseil du Prince de Luang Prabang) furent le choix de la France qui leur avait promis en retour reconnaissance vis-à-vis des Laotiens et accès aux progrès. La constitution laotienne de 1949 donnera ainsi la citoyenneté laotienne aux Hmong. Touby Lyfoung aida donc le GCMA à organiser le maquis Hmong. Les partisans de Faydang Lo qui s’étaient déjà alliés aux Japonais et au prince au Prince Phetsarath, rejoignirent le camp communiste. Cette position offrit à Faydang un haut poste dans le gouvernement de la RPDL (République Populaire Démocratique du Laos) en 1975. C’est aussi au cours de cette période, en 1946, qu’un jeune Hmong du nom de Vang Pao, rencontra le capitaine Bichelot puis le capitaine Fret. Voyant en lui un moyen pour rallier les Hmongs à leur cause, ils le formèrent progressivement aux fonctions d’officier.

 

En 1954, la quasi-totalité de l’armée française est assiégée à Dien Bien Phu par les troupes vietnamiennes. Sous l’impulsion de Touby Lyfoung et du capitaine Sassi, Vang Pao partit secourir les Français avec plus de 2000 soldats, pour la plupart Hmongs. Malheureusement, le 7 mai 1954 Dien Bien Phu tomba avant leur arrivée. Dien Bien Phu La chute de Dien Bien Phu puis les accords de Genève du 21 juillet 1954 marquèrent la fin de la première guerre d’Indochine mais aussi celle du colonialisme français en Asie du sud-est. Dans leur retrait, les Français abandonnèrent la guérilla Hmong et celle des autres ethnies, oubliées à Genève car faisant partie de la guerre secrète menée par le GCMA. Pour échapper aux représailles, une grande partie des combattants fuirent vers le Laos. Le colonel de l'armée française Jean Sassi écrira plus tard :

« Un hommage solennel doit être rendu à nos partisans Méos, Laos, Thaïs et à leurs populations qui, pendant des années de lourds sacrifices et de combats meurtriers à nos côtés, ont largement prouvé que la France était leur patrie, tout autant que l’Indochine était devenue la notre. »  

 

(Lu sur : Peuple Hmong)

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