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Même si le mot « Etat » dans son acceptation actuelle, celle de corps politique n'existe pas avant l'extrême fin du Moyen-Age, la chose, c'est à dire « une population regroupée sur un territoire et obéissant à un gouvernement ne dépendant que de lui-même » existe bel et bien.
La monarchie apparaît à la plupart des hommes des hommes médiévaux, comme le meilleur des gouvernements possibles, justifier par la théorie organique de l'Etat : « un corps, donc une seule tête » et surtout une tête dont on connaît l'origine qui fait corps avec l'ensemble, et non une tête inconnue, fruit de la volonté changeante du peuple.
Mais deux pouvoirs à vocations supranationale ont longtemps menacé l'exercice de la souveraineté royale : celui de l'empereur et celui du Pape.
Le danger n'est pas le même partout. Là où l'histoire a permis aux souverains d'imposer l'idée d'une autorité supérieure, là où la féodalisation a moins marqué la société (péninsule ibérique, Angleterre), la décomposition de l'Etat a été limitée et le prince a conservé quelques prérogatives publiques. Le terrain y est donc moins favorable à l'acceptation d'une identité supranationale.
Il n'en va pas ainsi dans le royaume de France, dont le prince a dû d'abord batailler rudement pour triompher des conceptions féodales. A l'empereur le roi répond depuis le XIIIe siècle, qu'il est lui-même « empereur dans son royaume » et « ne tient que de Dieu et de lui ». Face au Pape, il faut toute la pugnacité de Philippe IV le Bel* et de ses conseillers, qui excellent à manier l'opinion publique et qui ne reculent pas devant l'action directe (Attentat d'Anagni*), pour démontrer que le temps n'est plus à la crainte de l'Eglise et des sanctions spirituelles, qui suffisaient jusqu'alors pour faire reculer les pouvoirs laïcs.