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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 10:26

Camelot.jpgMême si le mot « Etat » dans son acceptation actuelle, celle de corps politique n'existe pas avant l'extrême fin du Moyen-Age, la chose, c'est à dire « une population regroupée sur un territoire et obéissant à un gouvernement ne dépendant que de lui-même » existe bel et bien.

 

La monarchie apparaît à la plupart des hommes des hommes médiévaux, comme le meilleur des gouvernements possibles, justifier par la théorie organique de l'Etat : « un corps, donc une seule tête » et surtout une tête dont on connaît l'origine qui fait corps avec l'ensemble, et non une tête inconnue, fruit de la volonté changeante du peuple.

 

Mais deux pouvoirs à vocations supranationale ont longtemps menacé l'exercice de la souveraineté royale : celui de l'empereur et celui du Pape.

 

Le danger n'est pas le même partout. Là où l'histoire a permis aux souverains d'imposer l'idée d'une autorité supérieure, là où la féodalisation a moins marqué la société (péninsule ibérique, Angleterre), la décomposition de l'Etat a été limitée et le prince a conservé quelques prérogatives publiques. Le terrain y est donc moins favorable à l'acceptation d'une identité supranationale.

 

Il n'en va pas ainsi dans le royaume de France, dont le prince a dû d'abord batailler rudement pour triompher des conceptions féodales. A l'empereur le roi répond depuis le XIIIe siècle, qu'il est lui-même « empereur dans son royaume » et « ne tient que de Dieu et de lui ». Face au Pape, il faut toute la pugnacité de Philippe IV le Bel* et de ses conseillers, qui excellent à manier l'opinion publique et qui ne reculent pas devant l'action directe (Attentat d'Anagni*), pour démontrer que le temps n'est plus à la crainte de l'Eglise et des sanctions spirituelles, qui suffisaient jusqu'alors pour faire reculer les pouvoirs laïcs.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 15:28

tocqueville"La révolution a produit une manière de penser. Bien des cerveaux pétris par le siècle passé en conservent des habitudes si profondes que líon peut parier pour la déraison et pour la démence à chacun des raisonnements qu'il leur plaît de former.On ne leur conteste ni talent ni science, ni distinction personnelle. Mais les plus distingués sont quelquefois les plus absurdes. J'ai sous les yeux la Correspondance de deux de ces hommes qui furent conseillers de quelques-uns de ceux qui rêvent de nous orienter. Eh bien ! ces derniers méritent d'être éconduits justement parce que les premiers - leurs sources - ne sont dignes díaucune foi. Cependant Gobineau et Tocqueville, nés de bon sang français, étaient bien placés dans la vie. Ils eurent ce bonheur de servir leur pays dans de grandes affaires. Ils n'en furent pas moins, pour la direction des esprits ou pour leur conduite, de nul secours.

 

Bien que le talent littéraire fût supêrieur chez l'un et chez l'autre, leurs idées politiques et morales font un ensemble inférieur au néant, car elles sont pernicieuses. Le comte de Tocqueville crut à l'avenir de l'égalité et même de la Liberté, et ses Ètudes de l'ancien régime français ou du nouveau régime américain,

riches de fines vérités de détail, laissent fuir líintelligence du tout et nous trompent, de fond en comble, sur un avenir qui est notre présent. [...]

 

La postérité de Tocqueville et de Gobineau nous propose l'héritage de sa faiblesse. En quels termes et dans quel esprit elle fait ces propositions ! Ah ! si nous pouvions nous tromper comme elle sur líhistoire de France ! Si nous pouvions refaire ses grossières erreurs sur la nature du gouvernement ! Ou, si, trop avertis pour tomber dans les embuscades politiques où elle culbuta, nous pouvions nous embouteiller dans son imp asse philosophique ! Quelle satisfaction ! Quelle consolation ! La précieuse semence du flambeau qui doit égarer passerait ainsi à des coureurs pleins de vie ! Nous sommes dÈsolÈs de dÈcevoir ces espÈrances et de paraître même leur manquer de respect. Mais la vérité et nos Maîtres resteront les plus forts. La mauvaise Èducation du pays pendant deux ou trois quarts de siècle ne compense pas une tradition vénèrable. À la tradition de l'erreur, de quelque professeur de déroute quíelle provienne, notre réponse est invariable. C'est NON."

 

 

(Charles Maurras, Action Française , 26 novembre 1908)

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 13:53

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L'expansion européenne a été stimulée par les differentes puissances. Mais il y a deux principes importants : une hausse démographique et la révolution des transports.

 

En 1815, on retrouve en Europe 190 millions d'habitants et en 1914, 450 millions. La grande vague de colonisation correspond aux années 1870-1890, là où la croissance démographique est la plus forte. L'émigration va encourager la colonisation politique.

 

Au cours du XIXème siècle, 40 millions d'européens qui quittent leur Patrie. En 1887, il y a 800 000 européens qui partent ; et en 1907, 1 400 000. Cette dernière année représente l'exode le plus fort et le plus massif.

 

Les années 1880-1885 sont marqué par l'arrivé de la vapeur, supplentant la voile. La révolution des transports va permettre de transporter les personnes plus rapidement, si bien que l'on hésite moins à s'expatrier. La Compagnie Générale Transatlantique (CGT); soutenue par Viviani, et la Compagnie Frycinet sont créées. Ces dernières compagnies vont fortement encouragées les gouvernants à pénétrer topujours plus avant en Tunisie. Ces compagnies vont encourager les Etats a envoyer des troupes, troupes qui seront alors transportés par ces mêmes compagnies. L'Europe domine techniquement le monde. Ce progrès de la marine va permettre la pénétration dans les terres, car il permet de remonter les fleuves plus aisément.

 

Les progrès de l'expansion européenne commence à la fin du XVe siècle. A la fin du XVIIIe siècle, la première phase est aboutie. Elle s'arrête pendant un demi siècle. De nouvelles questions économiques apparaissent, des questions imposant la découverte de nouveaux débouchés. L'Angleterre va imposer des traités de commerce (imposant la suppression des droits de douane) en créant des comptoirs (Gibraltar, Malte, Singapour, Aden, Hong Kong) à des pays neufs :

  • la Turquie,
  • la Chine,
  • le Maroc

Dans les années qui vont suivre, les traités de commerce ne suffisent plus. On décide donc dans les années 1870, de controler les territoires.

 

De 1873 à 1893, des nouveaux problêmes économiques se  font jour : on ne trouve pas de débouchés pour les productions ; si bien que l'on décide de passer à une politique proprement coloniale. On a besoin de matière première, mais on a surtout besoin de débouchés. Il faut une politique protectionniste, comme la France le fit dans les année 1880. On ne va plus faire de traité de commerce avec les petits pays, on va les conquérir. Les français vont essayer de contrôler l'Indochine, les Britanniques, eux, vont s'interresser à l'Egypte. Léopold II, va conquérir le Congo, qui devient une propriété personnelle du Roi. Ce sont les allemands qui poussent les français à conquérir la Tunisie, plutôt que les italiens, pour éviter que les français ne pensent pas à la revanche et ne tournent leurs armes vers leur voisin germanique. Le courant revanchard, va s'opposer à l'idée coloniale. Le courant coloniale va l'emporter. Il y a également le besoin de sécuriser les routes maritimes, comme Alger. Une fois que l'on a des bases sur la côte, on décide de partir à la conquête de l'intérieur du pays. Les français partent coloniser au noms des grands principes républicains. Cela permet également d'apporter du rêve aux masses. Le sens des affaires est le ferment de l'idéologie coloniale.

col-copie-1.jpeg

Les Sociétés de Géographie se créent dans les années 1820. Le nombre d'adhérent est important. Mais ce n'est pas un mouvement de masse. Léopold II va utiliser la société de géographie belge pour la prise du Congo. Ces organisations se réunissent en congrès internationnaux. Il dévelloppe un idéal de la colonisation.

 

Les sociétés missionnaires se dévelloppent dans la seconde moitié du XIXème siècle. Elles vont s'établir en fonction de la population ainsi que dans les circuits de la traite des esclaves.

 

Les missions protestantes sont indépendantes de leur Eglise. Les missionnaires anglais sont les premiers avec la Society of Gospel et la Bible Society va se spéficier sur les Indes. Elles vont jouer un rôle important dans la doctrine de la puissance coloniale. Les protestants français vont réussir des missions à Madagascar et en Nouvelle-Calédonie.

Les missions catholiques sont beaucoup plus hiérarchisé, elles dépendant de la Sacré Congrégation de la Propagation de la Foi. Les Jésuites reprennent leur mission évangilisatrice, vont s'accélérer et particulièrement en Chine et en Indochine. Les Asomptionnistes préfèrent le Moyen-Orient ; les pères Blancs du Cardinal La Vigerie s'intalle en Amérique du Nord.

 

Léopold II va également utilisé les missions catholiques pour assoir son autorité morale sur le Congo. Au Maroc, les espagnols vont faire appel aux franciscain. Ces missions vont freiner et dénoncer les méfaits de la colonisation. Les missionnaires vont accompagner les troupes coloniales. En 1900, les liens entre les missions et les colonisateurs sont très proches.

 

Pour conquérir l'opinion publique, la France va créer des « comités » chargés de représenté la colonisation de leurs « pays » respectifs. Mais ce n'est pas un mouvement de masse. Des personalités importantes se trouvent à l'intérieur de ces mouvements avec à la tête de ces associations coloniales. Il va y avoir un courant colonial, transgressant les lignes partisanes, mais qui restent principalement ancrés à gauche, au nom de valeur civilisatrice et porteur d'une lumière devant atteindre tous les peuples...

 

"Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'ily a un devoir de civiliser les races inférieures" (Jules Ferry à la chambre des députés le 28 juillet 1885)

 

Avec toutes ces organisations, il est difficile à l'opinion publique d'échapper à la vision coloniale.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 07:27

Les Hmongs connurent des débuts paisibles au Laos, vivant en autarcie sur les sommets des montagnes. Au début des années 1850 les colons français conquirent l'Indochine après de longues opérations militaires. Durant la colonisation de l'Indochine, les Français s'y rendaient surtout pour l'exploitation de l'hévéa qui permettait de produire des caoutchoucs. De toute évidence, les colonisateurs français faisaient toujours appel à des travailleurs vietnamiens, puisque l'hévéa se trouvait au Viêt-Nam, ou plutôt en Cochinchine si les divisions coloniales sont prises en considération.

http://2.bp.blogspot.com/-CodYiuoKZHo/TbRbywVi8-I/AAAAAAAAAAo/aorHzHK7IB8/s1600/Sans+titre1.jpg

En 1932, Andrée Viollis (1879-1950), une journaliste féministe française travaillant au quotidien Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l'Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d'édition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dénonce les méthodes de la colonisation française :

« Vous pouvez me croire, dit-il. J'ai vécu, moi comme employé des plantations. À Kratié, là-bas, au Cambodge, à Thudaumot, à Phu-Quoc… J'ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l'espoir de manger à leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques : la malaria, le béribéri ! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflées d'œdèmes, rongées, traversées par une espèce de sale insecte, le san-quang, le rendement diminue-t-il avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misère ? Les cais les attachent à des troncs d'arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun, après avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses. Le matin, à l'aube, quand la fatigue les tient collés à leur bat-flanc, où ils ont essayé de dormir malgré les moustiques qui tuent, on vient les chasser des tanières où ils sont entassés, comme on ne chasse pas des troupeaux de l'étable. À midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allégée d'une centaine de grammes, ils doivent d'abord préparer le repas des cais et, la dernière bouchée avalée, se remettre à la corvée, même couverts de plaies à mouches, même grelottants de fièvre. Tout cela pour 1 fr. 20 à 2 francs par jour qu'ils ne touchent jamais entièrement à cause des retenues, des amendes, des achats. […] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimée. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s'ils regagnent leur village, ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir ; mais auparavant, ils sèment autour d'eux des germes de maladie, de révolte, de haine… C'est comme ça qu'on prépare les révolutions »

 (Andrée Viollis, Indochine SOS, nouvelle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116)

 

Les Hmongs quant à eux furent très vite encouragés à produire de l’opium pour les Français. Les abus de pouvoir locaux sur lesquels s'appuyait l'administration coloniale : détournements commerciaux dont l'opium et augmentation des impôts et des corvées firent de nombreuses insurrections. Au Laos les Hmongs étaient obligés de payer deux impôts : un au chef laotien et un autre aux français. Avec l’accumulation des taxes, de divers impôts et des nombreux cas de corruption sont autant de facteurs qui amenèrent les Hmongs à se soulever contre le colonisateur. Alors en 1856 dans la province de Xien Khouang des Hmongs attaquèrent les collecteurs d’impôts, la France décida de nommer des représentants Hmongs pour calmer tous ces débordements et pour qu'ils collectent eux même les impôts de leur communauté. Ils désignèrent des responsables Hmongs : le premier qui accéda à ce poste fut Lao Blia Yo ( Toxeem de Long Het) désigné Kiatoom de la province de Xieng Khouang et Ly Txiaj Foung (son beau-fils) administrateur de sous-district ainsi que Moua Yong Kai, à Nong Het premier collecteur d'impôts. Ce poste permit à Ly Txiaj Foung d’envoyer ses enfants à l’école, et l’un de ses fils, Touby (1917-1979), obtint même le baccalauréat fait très rare à l’époque. Son éducation et ses talents de bureaucrate valurent à Touby Lyfoung de gravir rapidement les échelons dans l’administration coloniale française et de devenir un des grands leaders Hmongs de l’histoire récente. Il occupa successivement les postes de Ministre de la Santé, de Ministre des Postes et Télécommunications et de Conseiller du Roi.

 

Entre 1918 et 1921, Pa Chay Vu conduisit une nouvelle insurrection. Cette révolte était appelée « La révolte du Fou » car les Hmongs reconnaissaient en Pa Chay des pouvoirs surnaturels. A sa mort, dont la tête était mise à prix par les Français, de violentes répressions écrasèrent la rébellion Hmong. Cependant, les Français tirèrent une nouvelle fois leçon de ce soulèvement. Ils commencèrent à donner plus d’autonomie aux Hmongs. Ly Txiaj Foung qui était marié avec une des filles de Blia Yao Lo prit une seconde épouse et contrairement aux lois Hmongs qui préconisent la même affection pour chaque épouse, il préféra cette dernière à May, la fille de Blia yao Lo. Désespérée, celle-ci se suicida, ce qui provoqua un grand froid entre les clans Ly et Lo. A la mort de Blia Yao Lo, son fils Song Tou lui succéda à son poste. Mais son incompétence et son goût pour les jeux lui valurent d’être vite démis de ses fonction. Les Français le remplacèrent par la seule personne qui se proposa de rembourser les dettes de Song Tou Lo : Foung LY. Les Ly supplantaient les Lo dans la course au pouvoir pour non seulement la région de Nong Het, mais aussi pour toute la province de Xieng Khouang. Après sa disgrâce, le petit frère de Song Tou, Faydang, partit pour Luang Prabang au palais royal pour demander une audience au prince laotien Phetsarath. Le prince promit à Faydang qu’à la mort de Foung Ly, les Lo reprendraient le pouvoir. Environ 9 mois après cette promesse, en septembre 1939, Foung LY devait décéder. Cependant, les Français ne tinrent pas compte de la promesse du prince Phetsarath à Faydang Lo. Ils confièrent le poste d’administrateur de Keng Khoai à Touby Lyfoung, déjà administrateur du sous-district de Phac Boun.

 

Le choix des Français s’explique par plusieurs raisons : Faydang a voulu accéder au pouvoir en passant par la cour royale de Luang Prabang au lieu de passer par les Français. De plus, Touby Lyfoung parlait couramment le français, il avait étudié la loi et l’administration française, et il était connu pour ses talents de bureaucrate, ce qui faisait de lui le candidat idéal pour un tel poste. Mais Touby Lyfoung voyait beaucoup plus loin que la province de Xieng Khouang : il visait l’intégration des Hmongs dans la vie politique laotienne et pour cela, il comptait rendre les Français dépendants des Hmongs . Pour Touby Lyfoung, l’introduction des Hmongs en politique passait par une présence plus forte des Hmongs dans les provinces et pour cela, il fallait à long terme des écoles pour les enfants Hmongs, des routes menant aux villes et villages Hmongs leur permettant de joindre les marchés laotiens afin de pouvoir diversifier leur économie et la rendre plus forte. Tout cela pouvait être financé par l’opium, ce trésor blanc dont les Français avaient tant besoin. A partir de 1939, commença la 2ème guerre mondiale, le pouvoir de la France de Vichy en Indochine fut fortement affaibli par l’occupation japonaise. L'occupation par l'Empire du Japon montra aux Vietnamiens les faiblesses de leur colonisateur. L’attaque japonaise du 9 mars 1945 au Vietnam élimina de la scène politique et militaire les Français. A partir de cette date, devant les représailles japonaises, les Français furent obligés d’abandonner leurs positions et prendre le maquis. Cette situation permit au nationalisme vietnamien de s’affirmer d’avantage à travers le mouvement communiste Vietminh.

 

Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh à la tête du Vietminh, proclama l’indépendance du Vietnam. L’échec de ses négociations avec la France entraîna la première guerre d’Indochine en le 19 mai 1946. Cette guerre, opposant officiellement la France et le Nord-Vietnam, toucha aussi les autres colonies françaises. Au Laos, le Vietminh reçut l’appui du Pathet Lao. Après le bombardement du port de Haiphong le 23 novembre 1946 par la Marine française, le Viet Minh, dirigé par Hô Chi Minh , décide de lancer une offensive ayant pour but la libération de la ville de Hanoï. À 20 heures, une explosion dans la centrale électrique de la ville annonce le début de l'insurrection. Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Ho Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française :

  « […] Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme. »

C’était « le combat du tigre et de l’éléphant » annoncé par Hô Chi Minh : le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se viderait de son sang et mourrait d’épuisement. Dès lors, la France fait en Indochine une guerre avec les dollars américains et le sang des troupes françaises et surtout coloniales, il n' y a que 28% de français dans les effectifs du corps expéditionnaire français en 1954, les autres sont des anciens nazi engagés dans la légion étrangères et des combattants nord africains, africains et autochtones. Le président Harry Truman signe avec l'État du Viêt Nam des accords d’aide militaire, que la France se charge de mettre en œuvre. Ainsi, les États-Unis, pourtant profondément anti-colonialistes mais agissant maintenant dans le cadre de la guerre froide, mettent le doigt dans un engrenage qui s'avèrera fatal, et ont en particulier continué cette aide militaire après le départ des Français de l’Indochine en 1955. Avec l’afflux de matériels militaires des deux côtés, les combats se sont évidemment intensifiés. Avec l'argent et le matériel américains et le sang des légionnaires et des troupes d'Afrique, la France continue à mener une guerre s'inscrivant maintenant dans le cadre de la guerre froide, dans une suite de « scandales » et d'« affaires », comme l'affaire des piastres.

« En revanche, l’économie française tirait profit indirectement de la guerre. Grâce aux apports en devises américaines, non seulement elle n’était plus obérée par les charges militaires, mais encore elle pouvait poursuivre son effort d’investissement et ses achats à l’étranger. La plus grande partie des dollars donnés pour l’Indochine était affectée à l’équilibre des comptes. C’est ce qui faisait dire à un expert qu’on "avait transformé l’armée en une industrie d’expansion”. C’est une des raisons pour laquelle le gouvernement français s’opposait fermement à ce que l’aide financière américaine fût versée directement aux États associés, comme les Américains le souhaitaient…" »

(Yves Gras, Histoire de la guerre d’Indochine , Plon, Paris, 1979, p.489).

 

Le savoir faire des Hmong et leurs expériences passées jouèrent également un rôle incitateur. Témoins du sort réservé aux Français sous l’occupation japonaise de l’Indochine, ils estimèrent qu’il était préférable pour eux de continuer à être administrés par les Français avec lesquels ils entretenaient des relations convenables plutôt que d’être soumis à la domination japonaise. C’est pourquoi certains se rangèrent du côté de la résistance française entre 1944 et 1945.

« Ils se sentaient menacés par l’impérialisme japonais et savaient que ces nouveaux maîtres ne respecteraient ni leurs lois, ni leurs coutumes, et qu’ils étaient plus étrangers dans des montagnes d’Indochine que les fab kis (français), venus d’au-delà des mers. »

 Et Lô Wen Teu de confirmer :

« les Hmong trouvaient les Français moins encombrants, parce qu’ils se comportaient de façon plus humaine.»

En parallèle de la guerre conventionnelle, la France mit en place le GCMA (Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés), forces spéciales françaises. Le GCMA avait pour mission d’organiser des interventions de renseignement et de guérilla en utilisant les populations locales. Il joua un rôle essentiel dans leur recrutement, leur armement et leur contrôle. Dans cette guerre, les minorités ethniques ont dû choisir leur camp malgré leur volonté à rester neutres. Leur connaissance du terrain, leur détermination et leur nombre furent d’une précieuse aide pour le GCMA qui n’avait plus qu’à fournir les officiers pour l’encadrement. Pour financer ses actions, le GCMA utilisa par ailleurs l’opium des Hmongs. Ce trafic d’opium sera plus tard reproché au GCMA qui n’avait guère d’autres choix car très peu soutenu par les circuits officiels. Au Vietnam, les Hmongs se rallièrent à la France afin de ne pas tomber sous la tutelle des communistes. En effet, pour les Hmong, attachés à leurs traditions séculaires, à leurs croyances et superstitions, et depuis toujours politiquement structurés par un système clanique, le communisme et son système collectif était un« anathème» Le chef Hmong Chau Quang Lo à la tête d’un des premiers maquis celui de Pha Long, dit aussi maquis Chocolat, dans le nord du Vietnam se remarqua par sa lutte acharnée contre le Vietminh mais aussi contre les Chinois.

Avec l’appui du GCMA dans un premier temps puis sans, il défendit la région de Lao Chai, à frontière sino-vietnamienne de 1947 à 1952. Chau Quang Lo dans une lettre qu’il aurait envoyée au Vietminh, et dont le contenu est retranscrit par Jean Lartéguy, partage cette vision apolitique de l’engagement des Hmong :

« Nous sommes chez nous. Nous ne cherchons pas à vous disputer le pouvoir. Mais nous avons le devoir sacré de défendre notre territoire, d’assurer le bien-être de nos populations. (…) [N]ous ne voulons pas qu’on nous commande et qu’on s’immisce dans nos affaires intérieures. »

Au Laos, les Hmongs ralliés à Touby Lyfoung (intermédiaire officiel auprès des Français et membre du Conseil du Prince de Luang Prabang) furent le choix de la France qui leur avait promis en retour reconnaissance vis-à-vis des Laotiens et accès aux progrès. La constitution laotienne de 1949 donnera ainsi la citoyenneté laotienne aux Hmong. Touby Lyfoung aida donc le GCMA à organiser le maquis Hmong. Les partisans de Faydang Lo qui s’étaient déjà alliés aux Japonais et au prince au Prince Phetsarath, rejoignirent le camp communiste. Cette position offrit à Faydang un haut poste dans le gouvernement de la RPDL (République Populaire Démocratique du Laos) en 1975. C’est aussi au cours de cette période, en 1946, qu’un jeune Hmong du nom de Vang Pao, rencontra le capitaine Bichelot puis le capitaine Fret. Voyant en lui un moyen pour rallier les Hmongs à leur cause, ils le formèrent progressivement aux fonctions d’officier.

 

En 1954, la quasi-totalité de l’armée française est assiégée à Dien Bien Phu par les troupes vietnamiennes. Sous l’impulsion de Touby Lyfoung et du capitaine Sassi, Vang Pao partit secourir les Français avec plus de 2000 soldats, pour la plupart Hmongs. Malheureusement, le 7 mai 1954 Dien Bien Phu tomba avant leur arrivée. Dien Bien Phu La chute de Dien Bien Phu puis les accords de Genève du 21 juillet 1954 marquèrent la fin de la première guerre d’Indochine mais aussi celle du colonialisme français en Asie du sud-est. Dans leur retrait, les Français abandonnèrent la guérilla Hmong et celle des autres ethnies, oubliées à Genève car faisant partie de la guerre secrète menée par le GCMA. Pour échapper aux représailles, une grande partie des combattants fuirent vers le Laos. Le colonel de l'armée française Jean Sassi écrira plus tard :

« Un hommage solennel doit être rendu à nos partisans Méos, Laos, Thaïs et à leurs populations qui, pendant des années de lourds sacrifices et de combats meurtriers à nos côtés, ont largement prouvé que la France était leur patrie, tout autant que l’Indochine était devenue la notre. »  

 

(Lu sur : Peuple Hmong)

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 01:02

280px-Vue_saint_sylvain_anjou.jpgC'est la triste histoire de ce petit village d'Anjou :

"Les travaux du futur échangeur de Saint-Sylvain seront-ils réalisés sur les restes de la plus vieille église de la commune ? C'est la question que se pose un Sylvannais féru d'histoire, l'ancien journaliste Alain Body (...)

Passionné d'archéologie, Alain Body rappelle qu'à l'époque de la construction de cette portion de l'autoroute Océane, des fouilles avaient mis en évidence un village mérovingien (V e -XIII e siècle). Selon un archéologue d'Angers, il serait fort probable que le champ sur lequel serait érigée la bretelle contienne, en son sous-sol, « les vestiges de la première église de Saint-Sylvain ».

Cette éventuelle présence, si elle se confirme, ne serait pas sans intérêt. « L'église du Bosquet », comme on l'appelait, aurait donné naissance aux paroisses alentour. « ça serait l'occasion de le vérifier. S'il n'y a pas de fouilles maintenant, il n'y en aura plus jamais », conclut-il. Sensible aux arguments du Sylvannais féru d'histoire, la Direction régionale des affaires culturelles aurait l'intention de réaliser un diagnostic. Le temps presse. Une fois le bitume posé, il sera trop tard".

 

Lahire (SalonBeige)

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 03:05

 

Voilà un titre très troisième république, où l'on apprenait à nos chères têtes blondes, que la France apportait la civilisation aux « pauvres » peuplades des colonies. France mère des arts et des sciences les apportant au monde ébahi... Discours sans doute suranné, rempli de préjugés sur la valeur de l'autre, dénigrant sa culture propre au nom d'une conception particulière de l'Histoire et d'un ethnocentrisme patenté. Alors lorsque des scientifiques en parlent, on a tendance à se dire qu'est-ce donc ? Dans le climat actuel, de perte de confiance dans la civilisation occidentale, où chacun se construit sa propre civilisation, ne partageant pas la même culture, ni les même référents identitaires avec son voisin, la prise de conscience que nous sommes détenteurs d'une civilisation que nous avons toujours voulu exporter.

 

En effet, récemment des scientifiques canadiens (anglophones), ont publié dans le Journal of Archeological Science, un article très intéressant sur le rôle moteur de la civilisation gauloise dans le rôle émancipateur de l'Angleterre. Ces deux chercheurs vont démontrer, tout au long de cet article, que se sont « nos ancêtres les Gaulois » qui ont apporté l'agriculture, il y a environ 6000ans, faisant passer les Anglais du stade de chasseurs-cueilleurs au rang de cultivateurs. Par l'étude qu'ils mènent sur les ossements, les bois et les graines de céréales, ils constatent qu'en 400, la population a plus que quadruplé, si bien qu'ils en tirent la seule conclusion logique : l'Angleterre a été colonisée par les Gaulois. Ces deux scientifiques vont plus loin, ils vont jusqu'à dire que ce sont les Gaulois qui ont lancé la civilisation grande-bretonne, au même titre que Guillaume le Conquérant, et que sans les « Français », les Anglais aurait pu continuer à vivre comme chasseurs-cueilleurs. Pour eux, après la première vague française, une autre arrive 100 ans plus tard en Ecosse, apportant avec eux l'agriculture et donc le progrès...

 

Voilà sans doute qui va raviver les tensions franco-anglaises, ayant connu une guerre pratiquement ininterrompue pendant 500 ans. Il faudrait que l'on tire les leçons du passé, que d'être trop généreux ça ne rapporte rien ; mais comme l'a dit Benjamin Franklin : « Tout homme à deux pays, le sien et la France »...

 

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