Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 22:59
Un ouvrage récent de Guillaume Gros, Philippe Ariès. Un traditionaliste non-conformiste : de l’Action Française à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales 1914-1984 (1) permet de comprendre qui était cet historien ainsi que son itinéraire intellectuel et biographique.
L’œuvre de Philippe Ariès se distingue par ses multiples tournants successifs et son étonnant renouvellement. Publiée en 1948, L’histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie depuis le XVIIIème siècle, utilise les méthodes ainsi que les objets de recherches popularisés par la revue des Annales. Il y constate la chute de la natalité depuis le début de la « modernité », lors de la première industrialisation, dès la fin du XVIIème siècle. Il met en exergue les inquiétudes natalistes qui vont en découler, s’inspirant ainsi de son grand prédécesseur Le Play. Il montre que, dans chaque région en fonction de son architecture sociale et de ses traditions locales, ajoutant à cette approche géographique, une approche socio-économique ainsi qu’une étude des mentalités dans la droite ligne des études menées par Marc Bloch et l’école des Annales, les réactions y furent totalement différentes. Son livre phare, et le plus vendu, fut sans aucun doute, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, traduit en anglais en 1968 et qui connut un succès phénoménal outre-Atlantique, contrairement à la France, qui ne connut un certains succès que dans le microcosme universitaire des historiens. En effet, ces derniers adhèrent aux théories d’Ariès, qui veut que les sociétés s’auto-transforment par la dynamique interne des mentalités permettant d’échapper au déterminisme socio-culturel qui existait et dominait les courants historiques. Par cet ouvrage, il montre que le statut de l’enfant apparaît au sein des élites avec l’essor de l’individualisme, de l’anxiété vis à vis de la réussite, ainsi que de l’esprit de concurrence et d’envie et cela dès la fin du XVIIIème siècle. L’homme devant la mort, publiée en 1977, tente de décrire les transformations des attitudes devant la mort des individus de l’Antiquité tardive (VIème siècle) jusqu’à l’Ère de l’Atome. Il y montre que le changement n’apporte ni dégradation, ni progrès en soi, prouvant ainsi qu’il n’y a pas de sens unique de l’histoire, devant déboucher sur un progrès, comme nous l’ont dit et répétés les écolâtres du régime républicain à la suite des pseudo philosophes des Lumières. Ce n’est donc pas un historien du dimanche, que Philippe Ariès, puisqu’il est reconnu par ses pairs et enseignait à l’E.H.E.S.S. (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales). Même s’il n’a jamais fait mystère, ni renier ses convictions royalistes, qu’il a sans doute héritées d’un climat familial favorable. Dès sa jeunesse, il anime L’Etudiant Français, journal des jeunes maurrassiens, avec quelques autres, qui restèrent des compagnons politiques après-guerre. Il continua son engagement en publiant des articles dans Aspects de la France. Il n’y a aucune exigence politique pour faire partie de l’école des Annales, même si l’écrasante majorité, jusqu’à la fin des années 50, appartient à la gauche laïque et socialisante . La nouvelle génération qui y arrive est plus ancrée à gauche, avec des attaches particulièrement communistes. L’adhésion à ce courant historique est ancienne chez Ariès, puisqu’on en retrouve des éléments dès son premier ouvrage.
D’ailleurs l’histoire sociale en France, comme le montre le livre de Jonathan Dewald (2), avec l’école des Annales suit le courant historique des Sainte-Beuve, des Renan ou encore des Taine, retenant du passé non plus l’archaïsme, mais sa différence, très loin donc de la pensée totalitaire et partagée par la multitude voulant, que de manière concomitante au progrès technique, il y ait un progrès des mentalités et donc de l’Homme, dans son sens le plus général. M. Dewald reprend donc un certain nombre d’idée déjà développé en leur temps dans idées politiques : Chateaubriand, Michelet, Sainte Beuve. Certains comme G. Gros pense qu’Ariès s’écarte du ‘’ Maurrassisme'’ où « tout est politique » en étudiant l’histoire par le prisme de la culture. Mais ce ne serait pas comprendre le vieux maître félibre pour qui même la culture découle du politique…

(1) Guillaume Gros, Philippe Ariès. Un traditionaliste non-conformiste : de l’Action Française à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales 1914-1984, Presse Universitaire du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq, 2008.

(2) Jonathan Dewald, Lost worlds, The emergence of French social history, 1815-1970, Pennsylvannia State University Press, University Park, 2006
Partager cet article
Repost0

commentaires